Vivre loin, c’est bien !

Dessin illusion optique

Du haut de mes trente-deux ans, je pratique depuis ma naissance un nomadisme au long court qui ne m’aura jamais vu habiter plus de cinq ans au même endroit. J’ai ainsi quitté le Nord en ce début d’été pour rejoindre l’agglomération lyonnaise, où je n’ai pas d’amis, aucune racine et zéro famille, hormis la plus proche bien sûr, celle sans qui rien ne s’envisage aujourd’hui.

Pour la première fois de ma vie cependant, je ressens le besoin d’un temps d’arrêt, de m’inviter pour de bon dans un territoire, de ne plus avancer plus loin… Étrange désir que celui de vouloir trouver son chez soi ! J’estime mes parents issus de terres de caractère (ou est-ce parce que ce sont mes parents que je les considère telles ?) mais pour moi ? Nulle autre racine que les parentales : rogatons de racines, des radicelles ! Ce questionnement de l’origine m’agace, car il m’oblige à me demander si je suis de quelque part ou de partout, à savoir quel serait mon petit Liré et si je ne cherche pas vainement un mont Palatin en fuyant en avant. Ce questionnement m’agace parce qu’il n’a pas de réponse, ou plutôt parce qu’il pourrait avoir des réponses désagréables, car être de partout, c’est être de nulle part.

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Le citoyen numérique

Icônes applications

La vieille constitution de 1787 le lui impose : Barack Obama va devoir s’en aller de la Maison Blanche, après huit années de présidence cool. Il semble qu’il serait bien resté parader, pourtant. À sa première élection, en 2008, le « premier président noir des États-Unis » suscitait, à ce motif, le défilé réjoui de plusieurs millions de ses concitoyens, qui étaient conscients qu’une page de l’histoire ségrégationniste de leur pays se tournait. Obama faisait ainsi tourbillonner des milliers de médias qui avaient pris parti pour lui, depuis bien longtemps. Au terme de ses deux baux à la Maison Blanche, comme désormais à chaque fois qu’un individu a le mandat populaire de s’accaparer, sur son seul nom, de trop nombreux pouvoirs, la déception est de mise. Il n’aurait pas assez fait, pas assez contenu le célèbre « lobby des armes », pas fait prendre aux États-Unis les bonnes décisions dans les conflits géopolitiques actuels, se contentant du vernis et de l’écume.

Pourtant, s’il est un domaine où le pays de Barack maintient une indiscutable hégémonie, c’est son influence culturelle. Peu refusent le McDonald’s, le centre commercial géant rempli de magasins franchisés partout appelé mall, la série emblématique de l’époque (hier « Star Trek », aujourd’hui « Game of Thrones »), dont chaque nouvelle saison est attendue fébrilement.

Depuis 2008, les Américains n’ont pas non plus manqué le coche en matière d’économie du numérique : Google, Facebook, Apple, Uber, LinkedIn, Airbnb, Microsoft, Twitter, Amazon, chacun leader mondial dans son domaine, sont tous des sociétés américaines, valorisées en milliards de dollars. Au pire, si ces gros bonnets ne remportent pas la mise sur une activité qu’ils auraient négligemment laissée au reste des États-Unis, voire, pire, au reste du monde, ils utilisent leurs moyens colossaux pour racheter l’audacieux imprudent qui aurait osé chasser sur leurs terres.

Cela serait sans conséquences si le comportement de ces entreprises, sans être vertueux, était responsable. Ce n’est absolument pas le cas, mais la plupart de nos congénères occidentaux préfère détourner le regard. Vers son téléphone.

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Les primaires, non merci !

      Léa Salamé sur France Inter – 15 février 2016

Elle était bien embêtée, cette chère Léa Salamé, allégorie de la société médiatique de l’époque, avec son intransigeance professorale et son stupéfiant empressement à passer d’un sujet à l’autre. À 7 h 50 ce lundi matin de lendemain de Saint-Valentin sur France Inter, elle recevait le vétéran de l’indignation germanopratine, le parangon de la gauche autoproclamée intellectuelle, Jack Lang, bien recasé par son ami, le président, à l’Institut du monde arabe (il a dû s’encanailler dans le 5e arrondissement, notre petit mouton).

Fin de l’entretien, question qu’elle avait pourtant sans doute bien ajustée : « Vous comprenez cette ferveur, cet engouement, cet enthousiasme de… de… des… des… Français pour les primaires ? », balbutie-t-elle, en saisissant l’arnaque de sa question au moment où elle l’énonce. Bien entendu ! Les primaires, c’est un jeu de journalistes. Les primaires, c’est la démocratie « à la portée des caniches ». Les primaires, c’est le lourd tribut que nous payons à l’inamovible Ve République, qui, jusqu’alors, ne connaissait pas d’assez près le Front national.

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De la confiture à des cochons

Merde [FN]

Dans mon billet précédent, je parlais de démocratie, et l’actualité me pousse à remettre ce sujet sur le tapis, pour un sujet plus national. Je tenais à écrire ce billet avant le second tour, dans l’idée d’éviter des commentaires à chaud qui pourraient suivre une victoire du front national dans une voire plusieurs régions : ce billet se veut en dehors du contexte des élections régionales, et assez dédaigneux envers les électeurs du Front national. J’assume.

Le vote Front national, on le disait de contestation, on le dit maintenant d’adhésion, dans les deux cas, c’est un vote de bêtise. C’est un vote qui est à mon sens majoritairement de ceux qui se sentent petits, qui se sentent sans grade, qui ne sentent peut-être pas la vie leur sourire et qui, selon l’expression, « ne croient plus en la politique ». Le statut de victime est pratique : avant, il y avait Dieu, responsable du malheur, maintenant il y a l’État : l’ultime hiérarchie, in fine responsable de nos vies. Mais non, messieurs les électeurs du Front national, la politique n’est pas facile et il est bête de le croire : le Front national ne vous donnera pas d’argent, pas d’emploi, pas de rêve.

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Compétition, guerre

Attentats novembre 2015

Après de longues semaines de retard, j’avais enfin préparé mon coup. Quelques lignes, sans doute insignifiantes, sur ce que ferait Marine Le Pen ou sa nièce à la tête d’une région française, ce qui m’aurait amené à cet inlassable débat qui me passionne (ou m’effraie) de la fracture sociologique, dont j’avais déjà parlé après Charlie. Et puis, il y eut l’épouvante absolue que représentent ces meurtres aléatoires. Impossible pour les plus bornés, les moins compréhensifs, de dire cette fois « qu’ils l’avaient bien mérité », ces caricaturistes ou ces juifs (grossièrement assimilés aux sionistes ou aux gouvernements israéliens, mais peu importe). Là, c’était au hasard, à Paris. Ils ont semé la psychose, l’effroi, avec ce sentiment d’horreur supplémentaire suscité par la simple pensée que, s’ils n’étaient pas aussi décérébrés, ils auraient pu fait encore davantage de victimes. J’habite cette ville endeuillée, je n’y connaissais pourtant personne, de près ou de loin, qui ait été fauché par ces armes de guerre.

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Grèce, berceau et tombe de la démocratie

Euro grecCet article aurait dû paraître il y a très longtemps au regard des engagements pris au démarrage de ce blog 2.0, le sujet est pourtant choisi depuis la parution du dernier article. La chance est avec moi, il reste un sujet d’actualité : la « crise grecque ».

Pour un économiste et politicien aussi brillant que moi, la dissertation gratuite va s’imposer. Elle sera sur deux thèmes principaux : la relativité de l’argent qu’imposent ces discussions sans fins autour de montants inimaginables et la place de la démocratie dans cette « crise ». Pour ce dernier mot, je mets des guillemets car dans le gîte de vacances d’où je commence à écrire ces lignes, il y a un vieux Point de 2010 où les atermoiements grecs sont déjà évoqués : peut-on réellement parler de crise pour un événement qui durera plus de cinq ans ? Nous pouvons ici presque davantage parler de situation chronique grecque, à l’instar de la situation israélo-palestinienne : point de crise pour moi en évoquant des événements dépassant l’année et dont on ne peut prédire la fin tant ils auraient dû se conclure depuis longtemps.

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Si cher football…

Cristiano RonaldoÀ l’âge de onze ans, sans m’en rendre compte, je me suis mis à lire le meilleur hebdomadaire de géopolitique européenne : France Football. Son papier, qui d’abord était tiré des meilleures feuilles de chou, a vite affiché la couleur sur toutes ses pages, pour finalement posséder une bien désagréable odeur de polycopié. Faisant fi de ces désagréments, somme toute secondaires, j’ai bien compris qu’il était indispensable pour comprendre l’injustice de nos sociétés occidentales de s’intéresser à leur réduction microscopique : le monde du ballon rond.

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L’insoutenable complexité de la femme enceinte, chronique intime 2

Ma femme est enceinte. À peine arrivé dans le monde de l’éducation, nous allons déjà replonger dans le monde de l’élevage. J’intègre intensément le sens de l’expression « la vie est un éternel recommencement » et me préparer à retrouve la madeleine de Proust qu’est le petit rot du bébé après sa tétée.

C’est l’occasion aussi de retrouver une relation complexe de couple dans l’une des rares périodes de la vie dont nous savons quand elle commence et (presque) quand elle finit.

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Comment réussir son élevage d’enfant, chronique intime 1

Avec l’arrivée d’un bébé s’ouvre pour les nouveaux parents un monde inconnu jusque-là réservé à leurs propres parents, celui de l’accompagnement d’un enfant jusqu’à son âge adulte, et en particulier celui de l’éducation.

Pour développer un questionnement autour de ce thème, j’utiliserais autant que possible la première personne du singulier, car ce questionnement est propre à chacun, nourri par l’enfance, le vécu, le ou la compagne et les idéaux. Les lignes qui suivent sont plutôt intimes, je souhaiterais que le lecteur ne les considère pas comme un étalage indécent de vie privée mais de manière plus impersonnelle comme les interrogations d’un papa de 2015.

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