Familles, je vous aime !

Famille

Mariage ou pas ? Débat éternel de notre temps. Éternel depuis peu, en fait : il n’existe probablement que depuis deux générations. Avant, foin de débat, on se mariait, et puis c’est tout ! C’était plus simple, tout de même.

Ce sujet du mariage, qui semble un peu suranné dans l’absolue modernité de notre époque, ne laisse pourtant que peu de concubins insensibles, j’ai pu le remarquer une nouvelle fois au cours d’une récente soirée dont les aimables protagonistes se reconnaîtront. Eh oui, c’est un sujet qui ne laisse pas de marbre, que ce soit pour des raisons d’héritage culturel pourri, de confrontations de couple tendu(es), d’occasion manquées ou de non-dits refoulés.

Pourtant, il me semble presque qu’aujourd’hui l’institution « mariage » a bien perdu de son aura, et que le comportement révolutionnaire, au contraire de la génération de nos parents (je suis né en 1983), n’est pas le concubinage mais bien le mariage. Pourquoi ? Sans en faire une généralité, j’avancerais l’explication suivante : la principale valeur de notre temps est la liberté et, de manière évidente, le mariage semble aller à l’encontre de cette sacro-sainte boussole qu’est la liberté. Ô reur, ô désespoir, passer toute sa vie avec quelqu’un ? Mais bon sang, l’imaginer même est trop indécent : et si dans dix ans nous ne nous aimons plus, où sera notre liberté, où sera aussi notre honnêteté qui était de s’être promis un amour éternel ? Non, vraiment, quelle hypocrisie de se promettre un amour à jamais, alors que personne ne sait de quoi ce jamais sera fait !

Cette promesse insondable et étrange est tellement difficile à concevoir dans notre société que nous sommes beaucoup à repousser son éventualité aux calendes grecques, voire au-delà. Un mariage, en plus, c’est si long et dur à organiser ! Et donc, un mariage tardif voire inexistant devient la norme. C’est plus facile. C’est moins compliqué. C’est plus honnête. C’est plus dommage aussi (là, c’est mon avis). Je préviens tout de suite qu’il est plus facile de tenir le discours qui va suivre lorsque l’on va se marier et qu’on est heureux de le faire, ce qui est mon cas.

Aussi, j’écris sans sourciller que de vivre sans vouloir se poser la question du mariage après quelques années de vie commune, c’est une manière de fuir un peu son compagnon ou sa compagne (très moralisatrice, cette petite phrase…). Non que, pour être heureux en amour, il faille se marier, mais le mariage est une norme d’engagement inscrite dans notre culture, et y réfléchir, c’est déjà se questionner sur son potentiel de vie commune. A contrario, ne pas se poser la question parce qu’il est plus simple de ne pas se la poser, pour ne pas faire comme papa ou maman (avoir donc une réflexion de confrontation plus que de création) ou, le pire, parce qu’on a peur d’une réponse qui fasse mal, parce qu’on est bien comme ça et que si ça doit finir, ça finira… ce n’est pas respectueux de sa conjointe ou son conjoint. Il ou elle n’est pas un chien.

L’amour finit un jour par ne plus être passionné et tout d’un coup, on passe un cap en réalisant qu’il faut faire des efforts. C’est ce jour-là que le couple devient réalité car il va au devant des petites difficultés du quotidien. Le mariage, c’est pour moi cette notion de cap, poussée au degré supérieur. Par l’absurde, si on ne se pose pas la question de savoir ce que l’on fait ensemble, j’imagine que c’est parce « qu’on ne sait jamais » et qu’on préfère la douce liberté de pouvoir partir un beau matin sans autre conséquence que la tristesse de l’autre… N’y a-t-il pas là-dedans une certaine forme d’égoïsme ? À moins que l’on soit à 100 % complice, rêve de tous tourtereaux, et que l’absence de lien soit vital à la survie du couple… Mais franchement, je trouve ça un peu triste. Suis-je si rétro ?

On en vient à… parler d’enfants. Ah, les enfants… Quand comme moi, on en veut et puis c’est tout, c’est tellement simple d’en parler en bien… Pour autant, j’ai un métier aussi prenant que passionnant, pas assez de temps pour me construire en dehors de ce travail, des besoins forts de récupération en fin de semaine, des économies à faire, un couple à construire, pas assez d’argent pour avoir assez de place, bref rien qui n’aille dans le sens d’une paternité à court terme.

Je pourrais aller plus loin aussi : mes enfants ne seront de toute manière pas en bonne santé (voir cette bande-annonce), ils auront de nombreuses raisons d’être malheureux dans notre monde, ils ne seront jamais comme je voudrais, je ne peux pas présupposer de leur bonheur (mon contre-argument préféré). Enfin bref, comme dit mon cher géniteur : « Si tu réfléchis trop, des enfants, tu n’en as jamais. » Citation que l’on peut prendre au sens « si tu les fais trop tard, tu ne les feras pas » ou « dans le fond, il n’y a aucun argument en faveur des enfants ». Et c’est vrai que pour cette seconde interprétation, je remarque que mon présupposé en faveur des enfants est qu’ils seront heureux et qu’ils apporteront du bonheur. Pour en avoir parlé avec ma future femme, les raisons profondes du désir de paternité ne sont sans doute pas les mêmes pour tous les hommes, mais dans le fond, je me demande déjà si le présupposé nécessaire (mais pas suffisant) à la paternité n’est pas un certain optimisme dans sa vie, qui implique une confiance dans l’avenir.

Si, comme pour le mariage, je raisonne par l’absurde, je me dis que ne pas vouloir d’enfant n’est justifié que par des mauvaises raisons : peur de leur malheur dans notre société (qu’on ne peut pas supposer, où est l’innocence de l’enfance dans tout ça ?), peur de perdre sa liberté (la liberté, c’est fait pour être utilisé, pas pour être gardé), peur de reproduire des schémas connus et malheureux (et la créativité et l’immensité de chacun ?), peur de ne pas être à la hauteur (mais qui est exigeant, à part nous-mêmes ?).

Je ne pense pas qu’en chacun de nous il y ait le désir primaire d’avoir des enfants. Mais à l’inverse, je n’arrive pas non plus à croire qu’on rejette cette possibilité. Je vais parler en mon nom, car je pense que ce sont des écrits qui peuvent être blessants, mais dans ma culture, ne pas vouloir d’enfant, c’est presque ne pas vouloir la vie. Osons !