La place de Charlie

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C’est le premier article que j’écris sous le coup de l’actualité… Je n’aurais pas souhaité pire. Je tâche depuis le 7 janvier de ne garder de la tuerie de Charlie Hebdo que la réaction forte des foules, mais le sang est plus difficile à effacer de la mémoire que du sol. Ce drame me touche personnellement, et je ne crois pas être le seul.

C’est l’un des rares moments de mon existence où une évidence m’est apparue, certaine.

Je suis un homme qui doute, et qui veut douter. Il n’existe pour moi que peu de certitudes absolument légitimes dans la vie, par le simple fait que chacun de nous se fait les siennes qui ont chacune leurs raisons d’être. Je me fais régulièrement l’avocat du diable autant par plaisir que par posture naturelle face à des argumentations qui ne me semblent bien souvent plus issues de conviction que de savoir véritables. Dire « j’y crois », cela me semble si peu pour justifier une certitude !

Je ne m’épargne pas et tâche de m’infliger une part d’autocritique dès que des postures ou des argumentaires me semblent trop faciles à adopter. Il faut savoir rester honnête intellectuellement, le doute n’est pas un dénigrement ou une critique mais une manière d’accepter les certitudes d’autrui qui peuvent être tout aussi respectable que les nôtres. La conséquence directe de ce doute permanent est mon absence d’opinions tranchées sur bien des points, mais je préfère de loin paraître indécis et tiède plutôt que de risquer les erreurs d’ignorant, les convictions issues d’histoires personnelles et l’oubli des contextes sous le coup des émotions.

La gauche est trop sociale ? La droite est trop conservatrice ? Ce sont des histoires de curseurs, et de vocabulaire. Le mariage unit un homme et une femme ? Mieux vaut des salauds de parents hétéros que de beaux parents homos ? Question d’époque et de références pour des différences qui existent bel et bien. Les 35 heures créent des emplois encore aujourd’hui ? La croissance repartira en 2015 ? Mais qui le sait réellement, n’est-ce pas des questions qui en réalité resteront toujours sans réponse ?

Par opposition, les quelques certitudes auxquelles je peux ou je veux m’accrocher sont autant de bouées dans cette mer de doutes sans îles. J’en ai quelques-unes : l’amour construit plus que la colère, le développement passe par autrui, ma famille est mon équilibre.

Aujourd’hui, après l’assassinat de Charlie, la réaction des foules après ce choc énorme me donne une nouvelle certitude. Non pas celles que les pulsions meurtrières du djihad doivent être combattues : il n’y a pas de ligne d’attaque réaliste contre des fous par définition irraisonnés, mais sur une communauté dont je doute trop souvent de l’existence. Cette communauté, c’est celle de gens libre qui veulent vivre ensemble respectueusement et pour lesquels je ne trouve que le mot de citoyens.

L’émotion de l’instant, les foules rassemblées spontanément ont été mes bouées, je n’ai pu les rejoindre mais les regarder avec ma femme à la télévision a suffi à partager la douleur et à nous sentir unis dans le refus de cette négation de notre libre arbitre. Les sentiments ont liés tous ceux qui pleuraient bien plus que tous nos cours d’éducation civique, ces cours qui vont malheureusement devenir de plus en plus nécessaires.

Je ne me suis jamais senti aussi français que ce 7 janvier 2015 et les 12 morts de ce jour-là seront toujours liés à cette citoyenneté ressentie, je leur dis merci de ce qu’ils ont été et de ce qu’ils sont maintenant, des symboles du vivre ensemble.

Où est Charlie ? Avec nous.

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6 réflexions au sujet de « La place de Charlie »

  1. Yann dit :

    Très beau. Mais je n’irais pas jusque-là. L’incertitude règne également ici. Car c’est le genre d’union sacrée qui repose sur beaucoup de malentendus. Un mélange d’engagements divers et parfois incompatibles, d’opportunisme, de politique-marketing et de mème parcourant les réseaux comme un mouton de Panurge virtuel et géant qui réconcilie provisoirement les solitudes et les communautés à partir de quelques victimes. Pour moi, le test c’est Johnny. Quand Johnny Halliday brandit une quelconque pancarte, en l’occurrence « Je suis Charlie », je sais pour ma part que la cause publique est entendue, c’est-à-dire consommée dans le spectacle comme une tristesse intime sucée par une p…

  2. David E. dit :

    Tout en allant me rassembler avec mes concitoyens d’ici et d’ailleurs ce dimanche, je compte bien exercer également mon droit à la réflexion sur un œcuménisme qui aurait fait s’interroger — pour ne pas dire s’insurger, voire s’étrangler — les premières victimes de ces attentats. Mais la cause (désormais protéiforme) les dépasse, dirons-nous.

  3. Fouxy Foux dit :

    Hum, quel esprit positif… Il y a certes dans cette câlinothérapie géante un thème général bien difficile à cerner, mais le flou des revendications ne masque pas à mon sens l’immense bienveillance qui s’échappait des foules. Il n’est même pas sûr que les gens « revendiquaient » réellement, ils faisaient sans doute plus acte de présence pour montrer qu’ils refusaient l’agressivité que pour réclamer quelque chose, car que réclamer ?

    N’est-ce pas en soit déjà une finalité aujourd’hui d’être bienveillant envers son prochain? C’est sans doute cette bienveillance qui a fait s’auto-exclure le FN de ce rassemblement qui n’aurait jamais dû être initié par le PS.

    Franchement messieurs, quelle manifestation porte un message clair? Je suis allé voir l’historique des grandes manifestations française, après la libération il y a eu la victoire de l’équipe de France en 1998 dans un sport qui se joue avec un ballon au pied… J’avoue que cela montre peut-être que les français aiment simplement se retrouver, mais il y a quand même plus fun que de se retrouver autour des morts… Il y a un vrai sentiment de communion qui rend réel cette citoyenneté qui reste sinon un concept : vous y croyez vraiment à l’acte pur et uni ?

  4. Bonsoir En ce qui me concerne j’ai beaucoup aimé ce post et je suis plutôt du même avis que le rédacteur. Je crois que ces meutres sont affreux et choquants. Je trouve qu’il faut vraiment de lutter contre ce type d’ atteintes contre la liberté de la presse. Je considère également qu’il faut dans ce but de re-découvrir et montrer en quoi nous sommes Charlie. C’est pourquoi avec quelques amis nous avons monté la page https://facebook.com/le-dailycharlie. Le but de la page est de récupérer de vielles Unes de Charlie Hebdo et de les recontextualiser notamment au niveaude l’histoire, pour permettre à tout le monde de comprendre l’esprit de Charlie.

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