Ségolène Royal, le renouveau suranné
Par David E. le jeudi 9 novembre 2006, 23:35 - Politique - Lien permanent
La campagne interne du Parti socialiste touche à sa fin, et je crois que ce n'est pas pour déplaire à la majorité de la population. Si les militants socialistes, qui se regardent toujours obstinément le nombril, se sentant investis d'une mission immensément importante, ne sont pas lassés des débats et font mine de ne pas avoir fait leur choix, l'ensemble de l'opinion, après avoir jugé l'initiative courageuse et intéressante, s'est maintenant largement détournée de ce débat. Ceci est d'ailleurs un peu à l'image des retours que l'on a pu avoir sur les trois débats télévisés : on a beaucoup jasé autour du premier — qui était pourtant le plus ennuyeux — ; on a un peu évoqué le second, qui marquait des différences sensibles entre les candidats ; on a ignoré le troisième, qui mettait pourtant à jour l'incroyable incapacité de Ségolène Royal à accéder à la fonction suprême. Il m'étonne toujours de voir qu'on s'indigne de la nomination du cardiologue Philippe Douste-Blazy au Quai d'Orsay, mais que d'aucuns espèrent voir « l'égérie des sondages » à l'Élysée, ce qui est autrement plus grave.
Tant qu'on n'aura pas, en effet, modifié les institutions — tout le monde en parle, personne ne le fait, ne serait-ce que de façon légère — et la pratique du pouvoir, les thèmes abordés au cours de ce troisième débat étaient et resteront de la pleine compétence du président de la République. Loin toutefois du désastre un peu trop vite annoncé, Mme Royal s'est largement enlisée, sans doute n'avait-elle pas potassé jusqu'au bout l'ensemble des fiches bristol qu'on lui avait soumises.
L'Iran ne pourra même pas utiliser l'électricité nucléaire, alors que c'est objectivement la seule contrepartie que les Nations Unies peuvent concéder au régime islamiste pour l'inciter à ne pas poursuivre ses recherches sur le nucléaire militaire. Le traité européen, qu'elle défendait timidement en 2005, est oublié : elle balaie le sujet d'un revers de main avec son absconse « Europe par la preuve » (que l'on m'explique ce que cela peut signifier). La France serait consultée par référendum pour l'éventuelle adhésion de la Turquie à l'Union européenne, mais Mme Royal refuse de prendre une quelconque position argumentée sur le sujet (au moins admet-elle enfin son abyssale ignorance de ces sujets). Quant à ses manières de parler « d'ordre juste » ou d'environnement à toutes les sauces (remarquons que ce n'est pas la seule), c'est tout bonnement indigeste.
À mes yeux, pour ces raisons et toutes celles liées aux enseignements que l'on peut tirer de ses contributions précédentes, celle qu'on appelle maintenant « Ségolène » (pourquoi cette trivialité, alors qu'aucun homme ou femme politique n'est jamais appelé par son prénom ?) ne représente pas ce vent nouveau que l'on voudrait voir insufflé dans la politique. C'est même une escroquerie que de considérer qu'une femme, désignée par un énormissime parti politique « traditionnel », s'étant pavanée pendant plus de vingt ans dans les palais de la République, en étant ministre ou député, amènerait une fraîcheur, une candeur, une insouciance... une rupture. Surtout avec par exemple un porte-parole comme Jean-Louis Bianco, technocrate averti, ayant été secrétaire général de l'Élysée il y a vingt ans.
J'ai d'ailleurs du mal à comprendre le positionnement de Ségolène Royal, et d'autant plus de mal à comprendre qu'une majorité de sympathisants du PS disent se reconnaître dans son programme. Elle chasse sur des terres extrêmement conservatrices, voire vieillottes : personne ne doit être payé à rien faire, elle veut mettre la « valeur travail » bien au-dessus de la pile, elle n'est personnellement pas favorable aux unions homosexuelles, pas plus qu'à la dépénalisation du cannabis, elle souhaite responsabiliser au maximum les parents de jeunes délinquants et faire encadrer ces derniers par des militaires, elle ergote sur les bienfaits supposés par les socialistes des 35 heures.
Même si l'on sait qu'elle est issue d'un milieu familial assez rigide, on a peine à comprendre les origines de ce positionnement. Qui a bien pu la propulser au devant de la scène, d'une part ? Qui a bien pu l'encourager à défendre ces arguments, d'une autre ? Je n'ai pas de réponse à ces questions. Toutefois, voir M. Montebourg, ce député si enclin à faire bouger les lignes à bâbord, être dithyrambique à propos de Ségolène Royal, dont il est devenu également porte-parole, me fait vraiment tout drôle. On ne peut d'ailleurs s'empêcher de penser aux idées qu'il doit avoir derrière la tête pour son destin personnel.
Après les régionales de 2004, Ségolène Royal a été propulsée sur le devant de la scène. On pensait que le phénomène se démentirait peut-être, cela n'a pour l'instant jamais eu lieu. Avec son appétit féroce, qui transpire à travers son faciès et ses discours, elle est en passe de devenir la candidate d'un des deux partis majeurs et, du coup, de posséder une certaine probabilité d'être notre futur chef d'État. Je dois le dire, cela me déplaît fortement de constater à quel point la compétence est supplantée par l'apparence.