Pourquoi tant de calculs ?
Par David E. le samedi 28 avril 2007, 15:45 - Politique - Lien permanent
Le débat si difficile à mettre en place entre Ségolène Royal et François Bayrou s'est achevé il y a quelques heures à peine. Les commentaires affluent de tous côtés. Pourtant, difficile de dire s'il s'agit d'un « événement sans précédent qui souligne la modernisation de la vie politique », comme l'affirme la candidate socialiste, ou bien une régression, le retour aux petites compromissions entre amis sous le régime des partis, rappelant la IVe République.
Si on revient quelques jours en arrière, on s'aperçoit d'abord que, du temps où M. Bayrou était encore dans la course, le PS tirait à boulets rouges sur le candidat centriste, taxé de personnifier « la droite qui présente bien » (citation du porte-parole du PRG). Aujourd'hui, tout cela a disparu. Les argumentaires sur les sites internet aussi. C'est ainsi que sur l'espace militant du site du PS était par exemple écrit à propos de M. Bayrou que, « incompréhensible en France, [il] a besoin de se trouver des modèles à l'étranger pour asseoir la crédibilité de la coalition qu'il appelle de ses vœux » ; essayez de cliquer sur ce même lien aujourd'hui (merci au Monde d'avoir débusqué cette supercherie)...
Le débat de ce samedi n'aide pas à éclaircir la démarche de Mme Royal, ayant amené à une telle ouverture au centre. J'ose espérer que celle-ci n'est pas qu'électoraliste. Si tel est le cas, malheur et honte à elle. Les quelque 19 % du président de l'UDF constituent certes la clé des portes de l'Élysée pour les deux finalistes, mais on peut espérer que ceux-ci aient la lucidité de ne pas s'adonner à de la prostitution idéologique.
J'espère depuis plusieurs années la disparition du PS sous sa forme actuelle, qui est pour l'instant un gymnaste d'une souplesse immense, réalisant le grand écart entre des sociaux-démocrates clairement convertis à l'économie de marché et des antilibéraux convaincus, lorgnant nettement sur leur gauche. Le premier tour de la présidentielle montre l'échec de cette stratégie : par une volonté de faire cohabiter à l'intérieur du PS des sensibilités aussi différentes, c'est l'ensemble de la gauche qui est discréditée, puisque ni Mmes Buffet, Voynet, Laguiller, ni MM. Besancenot ou Schivardi ne forment une réserve de voix suffisante pour garantir à Mme Royal un bon score au second tour. Le vote « utile » défendu par les socialistes possédait des conséquences néfastes évidentes que ceux-ci auraient été bien inspirés d'étudier, avant de le prôner coûte que coûte.
Le paysage de la gauche gagnerait à être formé d'une part d'un large pôle unifié d'altermondialistes, antilibéraux, communistes et écologiques immodérés, et d'une autre, d'un parti résolument social-démocrate, acceptant de faire siens quelques-uns des grands principes de l'économie de marché. Ce n'est pas loin d'ailleurs d'être le futur Parti démocrate que M. Bayrou entend créer.
Sur l'autre rive, M. de Robien fait tout ce qu'il peut pour rallier les élus centristes au panache de M. Sarkozy, dont il aurait dû être adhérent du parti depuis 2002. Le témoignage de la figure montante centriste issue de la blogosphère et future candidate à la députation à Paris, Quitterie Delmas, est à ce titre édifiant. Et forcément, ça marche : aucun parlementaire UDF ne peut être rassuré de voir que son chef mitraille celui de ses alliés locaux. Comment pourra-t-il avoir la garantie d'être de nouveau élu, si l'UMP présente un candidat contre lui ? Certes, le futur Parti démocrate aura sans doute des députés, mais en fera-t-il, lui, partie ?
Que d'atermoiements, de calculs, de basses stratégies pour tenter de récupérer une partie la plus importante possible de l'électorat de François Bayrou. La vérité sortira de l'urne le 6 mai. Et aussi des législatives au mois de juin, mais on aura le temps d'en reparler ; pas que de façon cynique, j'espère.