De l'autre côté, celui de la lumière
Par David E. le dimanche 18 novembre 2007, 17:54 - Cinéma - Lien permanent

À y regarder de près, cette image tirée de De l'autre côté le fige assez bien. La symétrie et la différence. La proximité et la distance. La vieille Allemande et la jeune Turque se rencontrent, se touchent et se rapprochent, à l'instar de leurs drapeaux respectifs sur le bureau, et c'est une symphonie à six personnages, écrite par Fatih Akin, qui se déroule avec maîtrise, sensibilité et un brin de malice.
Ancré dans des écrins aussi différents qu'un amphithéâtre de littérature allemande de Hambourg, une librairie et un hôtel d'Istanbul, des alcôves de filles de joie de Brême, le film ose une sorte d'universalité. Celle des lieux, d'abord, toujours filmés avec délicatesse, déférence, voire admiration ; celle des situations, surtout, où le fameux « effet papillon » n'a sans doute jamais été aussi bien illustré au cinéma ces dernières années ; celle des thèmes abordés, enfin, où le pardon, la fatalité, le destin, la dualité sont autant de clés pour se saisir du film d'Akin.
Celui-ci convainc par l'épaisseur de son scénario — salué à Cannes par le prix ad hoc —, pourtant jambe ankylosée du cinéma contemporain, qui préfère souvent miser sur l'art maniéré au détriment du récit d'histoire. Toutes les paires du films sont mélangées, distribuées de la façon la plus égale possible parmi ses six personnages : un père turc et un fils germano-turc ; une mère et une fille allemandes ; une mère et une fille turques. Le cinéaste, qui rédige en parallèle de son script des espèces de biographies des personnages de ses films, installe son récit avec une telle rigueur d'écriture qu'il en consolide la teneur, et peut ainsi s'attarder sur l'enchevêtrement jamais hasardeux de ses figures de proue, qui ne semblent pourtant pas, de loin, en avoir l'ampleur et le charisme.
Tous ne se connaîtront pas pendant le film ; la plupart, sortant ou retournant vers leurs liens familiaux, s'affronteront durement, auront parfois du mal à se comprendre. Mais tous empruntent leur chemin dans une quête d'amour et de bonheur, quitte à se montrer inconsciemment brutaux, à pardonner, à regarder impuissamment s'accomplir de violents désastres.
De l'autre côté encourage avec passion et lucidité la face vertueuse de chacun de ses personnages sans jamais se confondre dans l'obscénité du bon sentiment. Les clins d'œil au caractère inéluctable des situations sont multiples, décrits avec adresse, et s'orientent tels des tournesols vers la lumière éclatante de la compréhension et l'intérêt pour l'autre, possédant toujours des richesses psychologiques, intellectuelles, culturelles complémentaires aux siennes.
Avec une telle profondeur de personnages, de mise en scène, de péripéties, difficile de s'arrêter, même après deux heures. La scène du générique de fin aurait pu être l'amorce d'une nouvelle partie. Mais telle est la sagesse d'Akin, ce cinéaste allemand d'origine turque si précieux : doser les effets avec subtilité, s'arrêter au bon moment, ne pas s'égarer dans l'excès. Chouettes instants.
Commentaires
Ce film est magnifique. Toutefois, la virtuosité du scénario et la rigueur de la symétrie ont leur revers : trop construit, trop artificiel, trop propre, à mon goût, parfois. Ce qui enlève un brin de folie et de passion à l'ensemble.