La décroissance, une révolution logique
Par Fouxy Foux le mardi 18 novembre 2008, 23:15 - Politique - Lien permanent
Il y a environ deux semaines, en surfant sur la toile, je suis tombé sur un film un peu étrange... Il est vrai que ce n'était pas tout à fait par hasard, plutôt une de ces graines étranges de la mémoire et de l'envie qui décident de pousser quand elles veulent, comme une de mes récentes dents de sagesse (qui m'a fait mal d'ailleurs). Enfin ce film présentait en un peu moins d'une heure plusieurs témoignages, interviews, reportages d'acteurs de la décroissance (« colporteurs de décroissance » semble constituer l'expression choisie par certains d'entre eux pour se qualifier).
Chers lecteurs, en toute émotion, et je suis assez ému de le livrer sur ce blog en « exclusivité », ce film m'a beaucoup touché et conquis au fur et à mesure que je décryptais la justesse et la portée des propos tenus par tous les zigotos dudit film. Et j'apprécie, symboliquement, de pouvoir rendre publique mon émotion en creusant davantage le principe de la décroissance, car c'est un sujet qui est de plus en plus actuel (et non rétrograde) et de plus en plus public : il nous concerne tous, et concerne tout.
Je ne vais pas m'étendre sur les profondeurs du concept de décroissance : je viens de le découvrir et ne suis pas bien placé pour en parler, je vais simplement donner quelques opinions sur le sujet et surtout relever les questions posées par ce concept aux antipodes de notre société.
- La croissance est véritablement présentée comme étant la pilule miracle à tous les maux. La crise ? Une crise de croissance, bien sûr. Le chômage ? Un manque de croissance, bien sûr. Les élections ? Souvent dépendantes de la croissance (qui fait augmenter les recettes de l'État, donc son pouvoir d'action). La bourse ? Le thermomètre de la croissance, une institution dont 80 % des Français n'ont rien à foutre, mais dont la variation du cours achève chaque bulletin de France Info. La pauvreté des pays en voie de développement ? Justement, ils sont en voie de développement, la croissance sera la solution ! Déjà, pour cette pensée unique en faveur de la croissance, un bon point en faveur de la décroissance, car nul n'est parfait et toute vérité est bonne à contredire.
- La croissance est fondée sur la consommation. Or si une machine à laver ou un vélo peuvent améliorer le quotidien d'une personne, je doute que le dernier Danone ou un nouveau canapé fasse jouir la plus nymphomane des ménagères. Qui aime la consommation ? Qui répond : « Oui, j'adore consommer ! » ? Personne, ou presque... et pourtant, je consomme, tu consommes, il consomme, nous consommons, vous consommez, ils consomment. C'est triste à mourir, j'ai envie de pleurer, solitaire avec mon caddie à 21 h chez Cora, et il me semble que Noël est la fête de l'antihumanité, où l'homme vend son âme aux marchands. Je repose la question : qui se dit : « Chouette, je consomme ! » ? Il faut consommer moins, et même pas par écologie : c'est pour se retrouver.
- La croissance est illogique, je me permets de citer un de mes anciens illustres collègues d'école : « À un moment, une voiture qui accélère tout le temps ne peut plus aller plus vite et aura du mal à freiner. » Comment imaginer chose plus logique que : une croissance infinie est impossible dans un monde fini ? Comment ose-t-on faire croire cette chose absurde ? Peut-être cela n'était-il pas évident depuis la Seconde Guerre Mondiale, mais nous sommes aujourd'hui plus nombreux, plus riches, plus exigeants, plus consommateurs, et demain il y aura moins de matière première sur Terre.
- La décroissance est anti-culturelle. Je ne vais pas faire de la sociologie de comptoir, mais ce qui est certain, c'est que nous avons inscrit dans nos gènes de Français que la croissance, c'est bien. Je ne crois pas à la théorie du complot, mais il faut reconnaître que de grandes entités économiques appelées « entreprises » diffusent par la publicité et les médias cette culture de la croissance. Je vais tenter un parallèle avec les fonds de pensions, qui, sous couvert d'une bonne intention (payer les retraites des petits vieux américains) font des ravages inimaginables humainement et économiquement. Ici, les sociétés font croire au bonheur de la chose et derrière... c'est tout l'inverse.
- Le fait d'adhérer à la décroissance semble pouvoir se faire à plusieurs degrés. Il me semble de prime abord indispensable d'être un écolophile convaincu et un humaniste déclaré, car les objecteurs de croissance se déclarent pour une sorte de résurrection de l'humanité. Pour le reste, des questions infinies peuvent se poser : est-ce le système politique qu'il faut changer ? Est-ce le progrès qu'il faut dévier ? Est-ce la simplicité qu'il faut vraiment priviégier ? Qu'est-ce que le confort et qu'est-ce que le superflu ? Si notre planète était infinie, faudait-il tout de même faire de la décroissance ? Le concept de décroissance prend-il de la force à cause du contexte ou gardera-t-il toujours sa force ?
- Un point qui m'a beaucoup séduit dans la décroissance est cette volonté de traduire l'économie, ou plutôt la société, autrement qu'en chiffres financiers (le sacro-saint PIB) : en développement humain, un chiffrage beaucoup moins évident, mais sans doute beaucoup plus révélateur. Compter en IDH plutôt qu'en PIB, en voilà une révolution simple qui n'en est pas moins explosive. Travailler les points faibles de l'IDH et non pas les points faibles de l'économie, cela est-il rentable... Humainement, oui ; économiquement, peut-être pas... Choisir...
- Il me semble en dernier lieu particulièrement intéressant de questionner notre rapport au progrès et sur ce qu'il implique, en terme de portée d'avancées scientifiques (la médecine doit-elle « décroître » aussi ?) et de besoin d'aller toujours plus loin. Un peu d'épistémologie, cela me semble important, à l'heure où la technique devient de plus en plus complexe et incompréhensible pour la plupart des quidams que nous sommes. Pourquoi ne pas raisonner sur le pourquoi avant de faire ?
Je ne m'étendrais pas davantage sur le sujet, je suis loin d'être un intellectuel intéressant, il y en a surtout de nombreux qui semblent s'être penchés sur le berceau de la décroissance et qui en ont dit beaucoup, de manière intelligente. L'article de Wikipédia sur ce sujet est très bien fait, pesant les pour et les contre et soulevant bien mieux que moi les problématiques du concept de décroissance. J'ajouterais que la longueur et la qualité de l'article ne prouvent pas forcément que le concept est partagé par de nombreux sympathisants, mais au moins que ces derniers ne sont pas totalement décérébrés.
À bientôt chez Darty,
F.