La désillusion de l’élection présidentielle 2017

Pujadas

Fin janvier, j’avais enfin commencé à préparer un billet intitulé « C’est bien connu, les médias n’influencent pas le vote des électeurs ». Je me trouvais bien malin, mais cette originalité fut entre temps balayée par un tourbillon : c’était juste avant que l’on décidât que la campagne présidentielle de 2017 devrait tourner autour des trouvailles d’un hebdomadaire satirique, racontées par bribes. Précise ou non, cette matière, prise pour argent comptant par les confrères moins satiriques mais tout aussi cyniques, permit au célèbre volatile de gonfler outrageusement son plumage, autant que ses ventes. Tout comme l’ensemble de la profession pour qui le feuilleton électoral est un ballon d’oxygène, voire une couverture de survie. Quitte à saboter complètement le débat d’idées, mais celui-ci est devenu très secondaire, finalement.

David Pujadas, qui présente et dirige le journal télévisé de 20 heures de France 2, est une des sources les plus écoutées. Tout en lui reconnaissant qu’il a un peu laissé la parole à la défense dans ce procès illégitime, car médiatique, il aura contribué à distiller les éléments de l’enquête (les journalistes annoncent fièrement qu’ils ne sont pas tenus à ce type de secrets), sans jamais essayer de révéler l’origine de ces révélations (en revanche, le secret des sources des journalistes est, lui, sacré), afin de comprendre à qui profite le crime. Une fois tout cela superficiellement balancé, avec au mieux une analyse de Nathalie Saint-Cricq (oxymore), Pujadas revient à son canevas habituel : nécrologies éventuelles, un peu de sport, de l’international bâclé (« cela ne concerne pas le quotidien des gens », rétorquent chroniquement les plus benêts, pour défendre ce traitement), un reportage sur les États-Unis (parce qu’ils sont super). Et une « enquête conso », bien sûr. Générique.

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De la musique, toujours plus

Drake et Tim Cook

Le type en blanc, au milieu de la photo, s’appelle Drake. Il est canadien et est une superstar du rap et du RnB. À côté, on aura reconnu Tim Cook, le PDG d’Apple, accompagné de deux de ses collaborateurs. En dessous, l’équivalent du disque d’or, de platine ou de diamant, décerné jadis pour célébrer des ventes mirifiques de musique, qui en mettaient plein les poches de l’interprète, mais surtout de la maison de disques. Il ne s’agit donc plus d’un disque d’or, mais d’un cadre symbolisant un milliard d’écoutes de son album Views sur le service de streaming d’Apple, Apple Music ; un record pour ce service, lancé en 2015. Une autre photo, publiée sur les réseaux sociaux par Drake lui-même, montre un « Thanks! » dédicacé par Tim Cook sur ce cadre. Apple est devenu le distributeur officiel de Drake, puisqu’ils ont signé ensemble une juteuse exclusivité de diffusion, pour seulement une semaine (!), à compter de la date de sortie du disque. Presque la première fois qu’Apple Music se lançait là-dedans, c’était début 2016. On parle de 19 millions de dollars sur le compte en banque du musicien, pour un ensemble d’exclusivités dont on ne connaîtra pas le détail. Trois fois rien.

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Si cher football…

Cristiano RonaldoÀ l’âge de onze ans, sans m’en rendre compte, je me suis mis à lire le meilleur hebdomadaire de géopolitique européenne : France Football. Son papier, qui d’abord était tiré des meilleures feuilles de chou, a vite affiché la couleur sur toutes ses pages, pour finalement posséder une bien désagréable odeur de polycopié. Faisant fi de ces désagréments, somme toute secondaires, j’ai bien compris qu’il était indispensable pour comprendre l’injustice de nos sociétés occidentales de s’intéresser à leur réduction microscopique : le monde du ballon rond.

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