Compétition, guerre

Attentats novembre 2015

Après de longues semaines de retard, j’avais enfin préparé mon coup. Quelques lignes, sans doute insignifiantes, sur ce que ferait Marine Le Pen ou sa nièce à la tête d’une région française, ce qui m’aurait amené à cet inlassable débat qui me passionne (ou m’effraie) de la fracture sociologique, dont j’avais déjà parlé après Charlie. Et puis, il y eut l’épouvante absolue que représentent ces meurtres aléatoires. Impossible pour les plus bornés, les moins compréhensifs, de dire cette fois « qu’ils l’avaient bien mérité », ces caricaturistes ou ces juifs (grossièrement assimilés aux sionistes ou aux gouvernements israéliens, mais peu importe). Là, c’était au hasard, à Paris. Ils ont semé la psychose, l’effroi, avec ce sentiment d’horreur supplémentaire suscité par la simple pensée que, s’ils n’étaient pas aussi décérébrés, ils auraient pu fait encore davantage de victimes. J’habite cette ville endeuillée, je n’y connaissais pourtant personne, de près ou de loin, qui ait été fauché par ces armes de guerre.

Continuer la lecture

La comète Charlie

Comete

Il y eut d’abord l’effroi de se rendre compte qu’on pouvait décimer des caricaturistes, des flics et des juifs dans la capitale du fameux « pays des droits de l’Homme », remontant à plus de deux siècles. Tout le monde, Foucauld, moi, tant d’autres, s’en trouvèrent meurtris, larme à l’œil en constatant les dégâts, dans un réflexe empathique qui aura étonné les plus sceptiques. Puis notre président, dont la fortune légendaire finalement revint taper à la porte, de la plus tragique des manières, décida que les huit, neuf et dix janvier seraient consacrés à un deuil national, ponctué d’une minute de silence générale.

Les journalistes, accrochant un petit ruban noir sur le logo de leur officine pour accomplir leurs forfaits, multiplièrent les émissions spéciales, en firent des pages sur deux frères en cavale, qui permirent pourtant à la police d’aisément les identifier. Naturellement sans savoir, sans pouvoir faire leur métier consistant à vérifier leurs sources. Pas le temps. Pour être les premiers à parler, pour briguer le scoop, il faut faire des concessions. Les photos des Kouachi devaient rester un document de travail ? Ils en décideront autrement, dès le jeudi. Les frères Kouachi auraient abandonné leur voiture et passeraient leur première nuit de fugitifs dans une forêt picarde ? Organisons des live à ce sujet, pour ne pas en gâcher une miette. Raté : sans aucune transition, si ce n’est avec force hésitations, causées par le manque de cohérence de leurs sources, la France se réveilla le lendemain avec une histoire bien différente. On découvrit les terroristes finalement reclus dans une imprimerie. Puis un supermarché casher fut également le théâtre d’une prise d’otages sanglante. Avant l’intervention simultanée des groupes d’élite de la police et de la gendarmerie, qui décimèrent sans ciller la triplette aux armes de guerre. Fin de l’abomination, le pays, ému, soulagé, reprit sa respiration, ses petites occupations. On savait dès lors qu’on n’en aurait pas fini de sitôt des conséquences de cette marquante histoire.

Continuer la lecture