La désillusion de l’élection présidentielle 2017

Pujadas

Fin janvier, j’avais enfin commencé à préparer un billet intitulé « C’est bien connu, les médias n’influencent pas le vote des électeurs ». Je me trouvais bien malin, mais cette originalité fut entre temps balayée par un tourbillon : c’était juste avant que l’on décidât que la campagne présidentielle de 2017 devrait tourner autour des trouvailles d’un hebdomadaire satirique, racontées par bribes. Précise ou non, cette matière, prise pour argent comptant par les confrères moins satiriques mais tout aussi cyniques, permit au célèbre volatile de gonfler outrageusement son plumage, autant que ses ventes. Tout comme l’ensemble de la profession pour qui le feuilleton électoral est un ballon d’oxygène, voire une couverture de survie. Quitte à saboter complètement le débat d’idées, mais celui-ci est devenu très secondaire, finalement.

David Pujadas, qui présente et dirige le journal télévisé de 20 heures de France 2, est une des sources les plus écoutées. Tout en lui reconnaissant qu’il a un peu laissé la parole à la défense dans ce procès illégitime, car médiatique, il aura contribué à distiller les éléments de l’enquête (les journalistes annoncent fièrement qu’ils ne sont pas tenus à ce type de secrets), sans jamais essayer de révéler l’origine de ces révélations (en revanche, le secret des sources des journalistes est, lui, sacré), afin de comprendre à qui profite le crime. Une fois tout cela superficiellement balancé, avec au mieux une analyse de Nathalie Saint-Cricq (oxymore), Pujadas revient à son canevas habituel : nécrologies éventuelles, un peu de sport, de l’international bâclé (« cela ne concerne pas le quotidien des gens », rétorquent chroniquement les plus benêts, pour défendre ce traitement), un reportage sur les États-Unis (parce qu’ils sont super). Et une « enquête conso », bien sûr. Générique.

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Les primaires, non merci !

      Léa Salamé sur France Inter – 15 février 2016

Elle était bien embêtée, cette chère Léa Salamé, allégorie de la société médiatique de l’époque, avec son intransigeance professorale et son stupéfiant empressement à passer d’un sujet à l’autre. À 7 h 50 ce lundi matin de lendemain de Saint-Valentin sur France Inter, elle recevait le vétéran de l’indignation germanopratine, le parangon de la gauche autoproclamée intellectuelle, Jack Lang, bien recasé par son ami, le président, à l’Institut du monde arabe (il a dû s’encanailler dans le 5e arrondissement, notre petit mouton).

Fin de l’entretien, question qu’elle avait pourtant sans doute bien ajustée : « Vous comprenez cette ferveur, cet engouement, cet enthousiasme de… de… des… des… Français pour les primaires ? », balbutie-t-elle, en saisissant l’arnaque de sa question au moment où elle l’énonce. Bien entendu ! Les primaires, c’est un jeu de journalistes. Les primaires, c’est la démocratie « à la portée des caniches ». Les primaires, c’est le lourd tribut que nous payons à l’inamovible Ve République, qui, jusqu’alors, ne connaissait pas d’assez près le Front national.

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La comète Charlie

Comete

Il y eut d’abord l’effroi de se rendre compte qu’on pouvait décimer des caricaturistes, des flics et des juifs dans la capitale du fameux « pays des droits de l’Homme », remontant à plus de deux siècles. Tout le monde, Foucauld, moi, tant d’autres, s’en trouvèrent meurtris, larme à l’œil en constatant les dégâts, dans un réflexe empathique qui aura étonné les plus sceptiques. Puis notre président, dont la fortune légendaire finalement revint taper à la porte, de la plus tragique des manières, décida que les huit, neuf et dix janvier seraient consacrés à un deuil national, ponctué d’une minute de silence générale.

Les journalistes, accrochant un petit ruban noir sur le logo de leur officine pour accomplir leurs forfaits, multiplièrent les émissions spéciales, en firent des pages sur deux frères en cavale, qui permirent pourtant à la police d’aisément les identifier. Naturellement sans savoir, sans pouvoir faire leur métier consistant à vérifier leurs sources. Pas le temps. Pour être les premiers à parler, pour briguer le scoop, il faut faire des concessions. Les photos des Kouachi devaient rester un document de travail ? Ils en décideront autrement, dès le jeudi. Les frères Kouachi auraient abandonné leur voiture et passeraient leur première nuit de fugitifs dans une forêt picarde ? Organisons des live à ce sujet, pour ne pas en gâcher une miette. Raté : sans aucune transition, si ce n’est avec force hésitations, causées par le manque de cohérence de leurs sources, la France se réveilla le lendemain avec une histoire bien différente. On découvrit les terroristes finalement reclus dans une imprimerie. Puis un supermarché casher fut également le théâtre d’une prise d’otages sanglante. Avant l’intervention simultanée des groupes d’élite de la police et de la gendarmerie, qui décimèrent sans ciller la triplette aux armes de guerre. Fin de l’abomination, le pays, ému, soulagé, reprit sa respiration, ses petites occupations. On savait dès lors qu’on n’en aurait pas fini de sitôt des conséquences de cette marquante histoire.

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